Nikos Aliagas

1969 , Grèce / France
Âmes Grecques, 2015-2016
Après avoir exposé ses photographies en grand format sous les voûtes médiévales de la Conciergerie avec l’exposition « Corpsetâmes », Nikos Aliagas présente « Âmes Grecques » un voyage dans une Grèce atemporelle, intérieure et personnelle, celle de ces ancêtres.
Les photographies de Nikos Aliagas sont profondément humanistes, à la recherche de ce qui n’est pas dit d’emblée, il capte un instant fragile esquissé dans un mouvement ancestral et livre ainsi un regard intime, introspectif et personnel, dénudé de tout artifice.

« Photographier la Grèce, le pays de mes ancêtres. Mais quelle Grèce photographier en réalité ? Celle des îles où ciel et mer s’épousent dans des dégradés de bleu, de blanc et de feu ? Immortaliser la Grèce éternelle, celle qui résiste encore à travers ses vestiges ? Ou enfin une Grèce des actualités, celle de la crise qui enlise et divise les gens ?
Les images ne manquent pas, les paradoxes non plus. Ce qui m’attire le plus dans ce pays d’ombre et de lumière c’est précisément ce que ne dit pas la photo, l’âme d’un peuple. Les silences d’un regard qui vous observe, l’habitacle mystérieux d’un bateau de pêche et les mains écaillées de son capitaine. La Grèce de l’errance et du voyage, là où hommes et les femmes portent encore des prénoms millénaires, là où les dieux se métamorphosent dans un rayon de lumière puisque « le soleil est nouveau chaque jour » comme le murmure Héraclite. J’aime ce pays où les poètes s’interrogent plus qu’ils ne s’extasient, « belle et étrange patrie » soupire Odysseus Elytis, la poésie au quotidien comme « le sel » si cher à Kazantzakis « qui empêche la vie de pourrir ».
La Grèce que j’aime photographier résiste inexorablement. Elle tient tête aux chimères, à ceux qui la prennent pour une autre, aux Cassandres qui ne voient que des pierres anciennes là où d’autres considèrent chaque parcelle de marbre millénaire comme le talisman de leur adn. Les âmes que je photographie ne craignent pas les vanités et les peurs de l’homme moderne, les âmes que je croise dans mon cadre sont libres et ignorent le temps ravageur, elles préfèrent suivre leur « kairos » et ne garder que l’essentiel, comme une rêve diurne où le noir et le blanc se tiennent à distance du cortège coloré et trompeur des sirènes. »
Les mains, 2015-2016
Urbanités, 2015-2016