Miles Davis, Juan les Pins, 1963

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Ce jour-là sur le tarmac de l’aéroport de Nice j’attends le grand Miles avec d’autres photographes. Sous un soleil de plomb tous les passagers sont descendus, l’escalier est désormais vide. Je sens comme une nervosité chez mes collègues photographes. L’un d’eux apostrophe l’hôtesse aux ongles carmin qui attend en haut près de la porte. « Il arrive » répond-elle d’un geste maternel. À ce moment sur la piste, une Jaguar bleu marine fonce vers le « Super constellation » et vient se garer devant, au bas de la dernière marche. Un chauffeur blanc habillé de noir sort du bolide, laissant le moteur tourner, toutes vitres baissées, portière ouverte, puis il s’éloigne à pied vers son destin. En haut de l’escalier Miles Davis apparait. Costume sombre moiré, lunettes noires en écaille, dans sa main l’étui croco marron protégeant l’instrument de sa renommée. Il descend calmement sans prêter attention aux flashes qui crépitent. Arrivé en bas, très poli mais sans un sourire, il contourne l’engin et s’installe derrière le volant. Léger coup d’accélérateur pour flatter la bête et sa main se penche vers un objet inconnu, un lecteur de cassette. Son doigt fin caresse l’objet et un concerto de Jean-Sébastien Bach inonde l’habitacle. Élégance absolue. Après un petit salut amical, la Jaguar démarre en trombe. Il n’a pas dit un mot. Et tandis qu’il s’éloigne vers la mer, médusés par l’arrogance de son attitude, ces petits blancs du début des années 60 ne peuvent pas comprendre qu’il vient de les remettre à leur place en hommages aux frères martyrisés de son lointain pays.
Miles Davis, Juan les Pins, 1963
Tirage sur papier baryté signé au recto dans la marge inférieure.

40 x 30 cm / 15,7 x 11,8 in

Edition de 1

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